Kate MccGwire –Un art entre beauté et répulsion

 

 

1 Fume Seethe Kate Mcc Gwire 2007 575x575 Kate MccGwire  Un art entre beauté et répulsion

Aujourd’hui je bouscule mes habitudes,puisque j’ai envie de vous parler d’un coup de cœur. Ne me dites-pas que vous êtes hermétiques à l’art contemporain:je n’en crois pas un mot !

Je suis persuadée que vous n’avez simplement jamais rencontré jusqu’à présent aucune œuvre qui vous ait transporté. Lorsque l’on se trouve face à un travail brillant,peu importe les genres, catégories,étiquettes, l’esprit s’agite avec délice,et j’espère bien que c’est ce qui va vous arriver avec le travail de la plasticienne Kate MccGwire.

Je suis heureuse de vous présenter une analyse des œuvres de Kate MccGwire,une artiste anglaise. J’admire son travail inspiré,tant pour les matériaux qu’elle utilise avec maestria et inventivité,que pour les thèmes qu’elle aborde. Vous pourrez en juger par vous-même à travers une sélection de photographies qui illustrent différentes facettes d’un travail à la fois subtil et d’une grande force. Si vous accrochez,allez donc vous promener sur le site de Kate MccGwire,vous y trouverez votre bonheur,car sa production s’étale sur de nombreuses années,de nombreuses photos représentent ses créations.

Quant à moi,c’est avec délectation que j’explore l’étrange univers que Kate MccGwire a créé en véritable démiurge. Suivez-moi !

Analyse du travail de Kate MccGwire –“Fume / Seethe”:perte et disparition

Fume –Seethe (que l’on peut traduire par Fumée –Bouillonnement ou encore Mécontentement) est la première œuvre de Kate MccGwire avec laquelle j’ai été en contact,et sa beauté comme sa puissance poétique m’ont littéralement foudroyée,tout comme ce à quoi cette pièce nous renvoie.

Plus exactement,il s’agit d’un livre aux pages livrées aux flammes,assemblées en une corolle noire et vide.

Curieusement,cette corolle de papier brûlé présente une analogie flagrante avec d’autres formes,comme celle de l’iris de l’œil,un plumage soyeux ou encore la vue en coupe d’un organisme. Chacune de ces différentes associations sont parfaitement maîtrisées par Kate MccGwire,et donc pertinentes,nous y reviendrons un peu plus loin.

On peut encore voir Fume –Seethe comme une formidable évocation de la disparition:la destruction a opéré son œuvre,mais la trace de son action demeure,qui indique ce qui n’est plus et permet de mesure l’ampleur de la perte.

Kate MccGwire,ou l’obsession de la trace et de l’absence

Les assemblages créés par Kate MccGwire peuvent être perçus comme des témoignages de l’absence,les traces de l’existence d’être vivants. Ils sont la partie qui évoque un tout absent,bien que présent en creux. La plasticienne explore différents procédés qui lui permettent de mettre en évidence ce propos,et d’explorer les multiples implications de ce thème. On dit d’un écrivain que c’est toujours le même livre qu’il écrit,et j’ai bien envie de dire qu’il en va ainsi pour tout artiste,qui aborde toujours les mêmes problématiques,mais sous des angles différents.

Ainsi voici Wanting (2006) qui propose une autre lecture possible de l’absence.

5 Wanting Kate Mcc Guire 2006 papier découpé 666x575 Kate MccGwire  Un art entre beauté et répulsion

Vous aurez peut-être reconnu dans cette forme un os de poulet répété à l’infini,assemblé en cercles,l’os du bréchet que l’on nomme encore l’os de la chance. En regardant de plus près,vous constaterez qu’en réalité il n’y a aucun os dans Wanting:il s’agit d’un carton évidé dont les découpages représentent des silhouettes.

prostrate 2005 Kate MccGwire Kate MccGwire  Un art entre beauté et répulsion

L’artiste démiurge –Vie organique et hybridation

Matériaux (plumes,os de poulet),formes (sépale,champignon) et mouvements nous situent dans le monde organique. Le monde créé par Kate MccGwire est peuplé de ces formes étranges et mystérieuses qui mettent à mal nos repères car elles brouillent la frontière des genres.

Nous sommes face à une œuvre qui évoque de la vie en tant que force ou processus,et Kate MccGwire est un démiurge qui crée d’inquiétantes créatures,hybrides jusqu’à l’absurde.

Processus créatif,mécanisme onirique et concept d’Unheimlichkeit

Le travail de Kate MccGwire établit une parenté entre processus créatif et mécanisme onirique:semblables dans leur façon de procéder,ils ont la particularité de rendre perméable la frontière entre les genres et les règnes. L’esprit comme l’artiste élucubrent et produisent des formes grotesques et pourtant familières.

Et puisque l’on parle du rêve,il nous faut encore dire que le travail de la plasticienne est en prise avec le monde de l’inconscient de bien des manières.

Elle se réfère à l’Unheimlich « le sentiment de l’inquiétante étrangeté » développée par les spécialistes de l’âme et assimilée par Freud dans sa théorie psychanalytique. Ainsi l’Unheimlich est « la situation où l’on doute qu’un être apparemment vivant ait une âme,ou bien à l’inverse,si un objet non vivant n’aurait pas une âme »…

2 HOST Kate Mcc Guire 2008 Kate MccGwire  Un art entre beauté et répulsion

Langage ambigu et perte des repères

C’est encore au rêve que Kate MccGwire emprunte son langage ambigu:les plumes ne sont-elles pas une parure,signe de coquetterie,de futilité et de douceur ? Elles rendent possible l’envol,pour ne pas dire l’élévation. Si les créations de l’artiste manipulent clairement ces notions,elles sont pourtant contrebalancées par la façon dont les plumes sont agencées:regroupées en une multitude jaillissante ou assemblées en un corps lové sur lui-même qui évoque furieusement les écailles d’un serpent. Le malaise est tangible.

4 Vice Kate Mcc Guire 2009 529x575 Kate MccGwire  Un art entre beauté et répulsion

Sentiment du danger et beauté vénéneuse

Une des formes déclinées à l’infini par l’artiste britannique est la forme reptilienne et serpentine,que ce soit dans le filet de pêche sinueux de Snare (piège,collet) ou dans les formes lovées sur elles mêmes de Vice (vice),présenté ci-dessus.

Formes et textures évoquent une vie primitive et reptilienne,et font appel à une perception atavique du danger et de l’ennemi. Les sens sont mis en alerte,mais il est toutefois difficile de se défendre d’éprouver une attraction pour la beauté fascinante et vénéneuse de ces monstres.

Stiffle Kate MccGwire 2009 474x575 Kate MccGwire  Un art entre beauté et répulsion

Le mouvement immobile

Le mouvement est un autre thème récurrent du travail de Kate MccGwire. Il est suggéré ou mis en scène dans chaque pièce:formes,matériaux (la plume qui sert à voler),jusqu’au nom des œuvres (Heave,qui signifie “soulèvement,houle”mais aussi “nausée).

Mais c’est pourtant un mouvement figé,en suspens, lorsqu’il ne s’agit pas d’une rotation sans fin.

C’est un mouvement qui semble être sans but,non abouti. Il surgit des égouts,submerge les sous-sols,sourd des murs. On a clairement le sentiment d’un mal qui ronge et se répand,que rien ne peut plus endiguer. Jusqu’alors caché,il est à présent impossible de l’ignorer.

3 Sluice Kate Mcc Gwire 2009 382x575 Kate MccGwire  Un art entre beauté et répulsion

Surgit alors une question terrible:qu’y a-t-il de l’autre côté ? Quel est cet ailleurs sur lequel ouvre la brèche ?

Mutation et hybridation en art

Nous sommes bien en présence d’une tentative de reproduire la vie,mais celle-ci semble aboutir sur une impasse:les animaux sont sans tête ni pattes,les corps déformés tiennent du nœud de Moebius et de la bouteille de Klein. Se confronter à ces œuvres,c’est un peu comme visiter le laboratoire d’un savant fou,et de vous trouver face à autant d’expériences insensées, ratées.

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8 Urge Kate Mcc Guire 2009 459x575 Kate MccGwire  Un art entre beauté et répulsion

Force primordiale et danger

Plumes et os,égouts,formes reptiliennes,tout le langage déployé par Kate MccGwire nous donne le sentiment de nous confronter à une force de nature malsaine et délétère,mais pourtant force primordiale,sans consciente,et pour cette raison-même brutale et primitive.

Elle est parfois présentée enclose dans ces vitrines ouvragées des musées naturalistes du XIX°s,prison étroite qui semble si fragile et dérisoire.

Mais peut-être cette force privée de conscience et enchaînée à elle-même,sans tête ni organes pour appréhender le monde,est-elle condamnée à évoluer sans fin sur elle-même ?

Répétition et aliénation

Comment échapper à la condamnation de la répétition,synonyme de perte de l’identité,l’individu étant noyé au milieu de ses semblables.

Il y a là l’idée d’un processus amené à ne pas se réaliser:dans une cage de verre,la chose est présentée au regard d’autrui alors qu’elle-même est aveugle,et qu’elle ne livre rien de sa nature profonde.

Ce n’est pourtant là qu’une interprétation possible,car ce mouvement de repli sur soi peut tout aussi bien être annonciateur d’une vie qui s’élabore et en devenir,placée dans un incubateur.

Nous sommes de ce fait appelés à nous attacher au cycle immuable de la nature :naissance –vie –mort.

vex i am lost Kate MccGwire 2008 Kate MccGwire  Un art entre beauté et répulsion

Mort et immortalité

Les créatures de Kate MccGwire sont comme l’œuvre d’art qui sommeille au fond du musée,conservée et tendant ainsi à l‘immortalité,mais confinée dans une vitrine étroite,elle est coupée de la vie,et loin de réaliser son potentiel.

Sont-elles vivantes ou n’ont-elles que l’apparence de la vie ? A y regarder de plus près,la mort hante de part en part l’œuvre de Kate MccGwire. Certaines pièces l’abordent de façon frontale:ainsi Waste (2007 –Gâchis) est un carton sur lequel l’artiste a tiré autant de coups de fusil qu’il y a eu de personnes mortes par armes à feu outre-Manche cette année-là.

Ou encore,la mort est clairement sous-entendue par la nature des objets utilisés,qui rappellent le cadavre, ainsi l’os de la chance tiré d’une carcasse du poulet ou la plume de pigeon traverse le temps alors que la chair a succombé.

Le travail effectué sur la dépouille,œuvre de taxidermie ou d’artiste,nous renvoie encore une fois à l’idée d’immortalité. Les milliers d’os de la chance assemblés sous forme de tapis de prière (Prostrate,2005,prosterné ou prostré, reproduction photographique sur le site de l’artiste),ne sont-ils pas encore une façon d’évoquer la vie éternelle tant promise,mais dont nous n’avons aucune preuve / trace ?

Croyances

Le filet de pêcheur (Snare –2009) n’est pas sans évoquer la pêche miraculeuse,et les plumes de pigeons qui s’échappent des souterrains de Retch (2007 - haut le cœur) évoquent à s’y méprendre les corps chatoyants et visqueux de poissons,autant de symboles du Christ.

3 Retch Kate Mcc Guire 2007 413x575 Kate MccGwire  Un art entre beauté et répulsion

Au fond,la répétition c’est aussi la multiplication,autre thème présent dans les Écritures Saintes.

Chaque objet porte en lui sa condition et donc sa fin,mais aussi son potentiel d’éternité:comme nous l’avons vu,la plume permet à l’oiseau de s’élever,le poisson est le symbole de l’éternité,l’os de la chance,selon la superstition,communique aux vivants un élan vital qui leur permettra d’affronter l’adversité.

Le mythe de l’Ouroboros et vie éternelle

C’est à point nommé que la lecture du blog l’Orpheo Mundi m’a mise par hasard en présence de l’Ouroboros,créature mythique,dragon ou serpent qui se mort la queue,et qui me renvoie fort à propos au travail de la plasticienne.

La signification du mythe de l’Ouroboros comme son symbole s’est transmis dans différentes culture,il est donc lui-même par nature répétition. On en trouve une première trace dans Égypte antique, symbole ésotérique qui a transité par la Grèce ancienne,où il prît le nom qu’on lui connaît aujourd’hui.

Il évoque le cycle des saisons,mais également une force éternelle et puissante inspirée par le mouvement du serpent,intérieur et automoteur.

C’est aussi une métaphore du principe de la vie éternelle,puisque si le serpent se mord la queue,cela signifie qu’il se nourrit de lui-même,et que rien ne périt réellement.

Notre petite visite s’achève,j’espère qu’elle vous a plu, et j’ai envie de finir avec quelques considérations sur la nature de la création artistique auxquelles le travail de Kate MccGwire me renvoie.

Création et monstruosité

Dans ce cheminement,nous nous sommes trouvés confrontés à l’idée que la vie s’inspire de l’existant pour produire du neuf,qu’elle procède par amalgame. N’est-ce pas d’une telle démarche que naissent les monstres ?

Ceci signifie implicitement que le travail créatif a partie prise avec la notion de monstruosité puisque l’élément nouveau qui voit le jour n’appartient à aucune catégorie existante: au contraire,il dévoie les genres établis. Il est étranger,monstrueux.

Beauté et répulsion

De par sa nature nouvelle et transgressive,l’objet créé est fascinant. Le considérer et l’observer,c’est se confronter à sa nature difforme. L’esprit ne peut accepter de voir ses repères déplacés,et c’est ainsi que l’observateur éprouve des sentiments de répulsion auxquels se mêlent curieusement un sentiment d’attirance.

En vertu de cela,se confronter avec le travail de Kate MccGwire ne laisse pas indifférent,les réactions sont tranchées :rejet ou adoration,selon la capacité de se confronter à l’inhabituel. C’est en définitive son propre regard que le visiteur éprouve.

Fin de la visite

J’espère que ceci vous aura donné envie de découvrir plus en détail le travail de Kate MccGwire. Il est présent sur son site www.katemccgwire.com. Les photographies ici présentées ne représentent qu’une infime partie de son travail,aussi je ne doute pas du plaisir que vous aurez à y flâner !

Je dois dire que cela fait bien quelques mois que j’ai pris contact avec Kate afin de lui demander l’autorisation de présenter son travail et d’utiliser ses photographies,et malheureusement un quotidien chargé ne m’a pas permis de m’exécuter aussi rapidement que je l’aurais souhaité,aussi c’est avec regret que je vous annonce que les expositions auxquelles le travail de l’artiste était présenté sont closes…(mea culpa). Mais une exposition est en cours de préparation pour la fin 2011 à New York,une exposition en solo.

Je tiens encore à adresser un grand merci à Kate MccGwire pour son aimable autorisation  icon wink Kate MccGwire  Un art entre beauté et répulsion Je lui souhaite tout le succès qu’elle mérite ! Voici une photographie d’une de ses dernières œuvres présentées au Vanitas Show,et qui n’est pas encore ajoutée sur son site.

2 Kate Mcc Gwire 2010 520x575 Kate MccGwire  Un art entre beauté et répulsion

 

Les Expositions  de Kate MccGwire

 

The Beck’s Green Box Project –installation digitale Corvidae  –à partir de juillet 2011 –NY

Kate MccGwire - Exposition House of Beasts –Attingham Park,Shropshire -  de Juillet 2011 à Juillet  2012

Kate MccGwire au All Visual Arts jusqu’au 30 avril 2011:exposition Bound.

Kate MccGwire - Tatton Park Biennal (Cheshire –Angleterre) –Exposition Framing Identity (exposition achevée le 26 septembre 2010)

Kate MccGwire - Museum of Arts and Design de New York –Exposition Dead or Alive (exposition achevée le 24 octobre 2010)

4 comments to Kate MccGwire –Un art entre beauté et répulsion

  • Tailleur d'Images

    Ce fut avec plaisir Hasard ^^

  • J’aime beaucoup,le mouvement,l’étrangeté,la mise en scène. Très belle découverte ! Merci.

  • Tailleur d'Images

    Merci François,heureuse que les fabuleuses sculptures de Kate MccGwire vous plaisent,je dois dire que tout le plaisir a été pour moi (travailler un sujet aussi brillant…) !

  • J’adore,c’est étrange et dérangeant au possible peau/poil/plume/écaille,vraiment magnifique. Merci à toi de me faire découvrir cette artiste.

    Je te concéde un backlink.

    A+5

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