Pas de photos aujourd’hui,c’est relâche ! ;)
Il m’arrive parfois d’aller au cinéma,et je dois dire que je cogite sec depuis que j’ai vu Copie conforme du cinéaste iranien Abbas Kiarostami,aussi je saisis la balle au bond et j’en profite pour amorcer ici quelques pistes de réflexion.
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Une critique positive !
J’ai eu beaucoup de plaisir à voir ce film,alors que pourtant les critiques plutôt mauvaises entendues à son sujet ne m’incitaient pas à m’y rendre avec beaucoup d’enthousiasme… Eh bien je ne suis pas d’accord avec ce que j’ai entendu,et j’ai bien envie de le défendre,ce film ! Ceci est donc une critique positive suivie d’une petite analyse formelle. Allons-y !
La bande annonce de Copie conforme
Je vous conseille de le voir ne serait-ce que pour vivre une magnifique journée d’été en Toscane,alors qu’il fait plutôt (carrément) gris ici… La lumière est magnifiquement captée,et elle créée une atmosphère particulière,sensible et sensuelle,envoûtante.
Et j’adore cette scène où l’on voit Juliette Binoche passer de l’ombre à la lumière… Et là,plus de théorie:c’est tout simplement beau ! Tenez,on se repasse la bande-annonce:
Bande annonce de Copie conforme
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Synopsis épuré d’un film complexe
L’histoire:une galeriste française un peu paumée (Juliette Binoche) rencontre l’écrivain anglais (William Shimell) auteur du livre « Copie conforme » dans lequel il défend la thèse de la valeur de la copie. L’on suivra le dialogue,véritable joute oratoire,ainsi que l’évolution sensible de leur relation. Je vous laisse le plaisir de découvrir vous-même le déroulement de l’histoire,et je reviens sur la thèse sur laquelle le film est bâti.
Avec Copie conforme,Abbas Kiarostami joue avec les codes du medium cinéma
Copie conforme est un film qui a la rare qualité de stimuler la réflexion du spectateur,ça vaut le coup de le voir ! Il est de ce point de vue une véritable merveille,puisque le medium cinéma est mis avec beaucoup d’élégance et de virtuosité au service d’une démonstration que l’on pourrait trouver aride.
Ainsi ce sont à la fois les dialogues et la mise en scène qui en plus du sujet fournissent de la matière à une variation infinie sur un même thème,dans le but d’illustrer la complexité d’une question a priori simple:quelle valeur accorder à la copie ? Loin de la théorie,on aborde dès le départ des champs d’investigation qui débordent largement le simple domaine de l’Art. Attention:à trop se pencher sur cette question,on attrape le vertige !
Un film bâti selon le principe du miroir
D’abord la trame narrative,particulière,qui sollicite le spectateur. Scindée en deux temps distincts,fidèlement au principe du miroir et donc du double et de la copie d,qui donne à voir une réalité originale et son reflet:si les silhouettes sont familières,les mouvements s’inversent.
C’est un peu déroutant,mais je pense que tout le monde dans la salle a bien accroché tant on a envie de découvrir ce que ces deux personnages vont faire de leur rencontre. Ce principe scénaristique est propre au genre policier,et il colle parfaitement au propos de Copie Conforme:ainsi le spectateur est invité à mener sa propre enquête,à la suite des personnages du film,eux-mêmes partis en quête. Un peu comme une adaptation cinématographique du questionnement socratique… (encore lui !).
Un regard critique sur la valeur intrinsèque de la copie conforme
Plutôt que de considérer la copie conforme comme un faux jumeau,l’écrivain lui accorde une attention particulière puisque si elle mène à l’original,elle élève aini l’individu vers la vérité,le Beau,le Bien.
Quelle place attribuer alors à l’original,que l’étymologie situe au point d’origine,là où tout a commencé. Est-il bon de s’attacher à la chose plutôt qu’à l’idée ? Le mouvement qui suivra n’est-il pas en soi plus intéressant que l’oeuvre originale qui a initié cette nouvelle dynamique ?
On entraperçoit rapidement l’enjeu du film,qui est de proposer des hypothèses illustrant tantôt la valeur délétère de la copie,illusion trompeuse,ou tantôt son rôle fécond,la difficulté étant de démêler ces deux impulsions.
Petite analyse filmique autour du thème du faux jumeau
C’est avec un grand plaisir que j’ai pu observer les différentes déclinaisons proposées sur le thème de la copie,du pastiche art,de la reproduction qui irriguent les dialogues,mais aussi la mise en scène. Voici celles que j’ai repérées:
- La parole dite versus la répétition des propos d’autrui
- La traduction d’une langue à une autre (bien plus que l’altération d’une pensée due à la difficulté à maîtriser vocabulaire et syntaxe,l’expression dans une langue étrangère est souvent décrite comme une nouvelle expérience du personnage que l’on donne à voir,que l’on est)
- La voix dans le téléphone portable qui est la reconstitution d’une parole émise en un autre lieu,au même moment
- L’individu comme reproduction génétique de ses ancêtres
- L’enfant qui hérite du caractère (du destin ?) d’un de ses parents
- Les deux scènes filmées dans un miroir
- La conférence:qui en est le public original:le faux public d’acteurs,ou nous,dans la salle de cinéma,qui écoutons réellement son discours ?
- Le 7° Art en soi: l’Art peut-il prétendre être la vie ou n’en est-il qu’une imitation ? Quelle est alors la pertinence du message transmis ?
- Les différents couples croisés dans le film qui sont autant de versions d’une même aspiration à un bonheur à deux
- Un nouvel amour,contrefaçon d’un premier amour ou qui au contraire permettrait de mener à la vérité ?
- Les souvenirs:ont-ils une plus grande valeur que l’original,c’est-à-dire le moment lorsqu’il est vécu à l’instant ?
Dites-moi si vous en avez repéré d’autres,je suis friande de ces petits jeux,je les rajouterai dans l’article
L’épineuse question du regard qui fait l’oeuvre d’art
En tant qu’ancienne étudiante aux Beaux-Arts,j’ai été également sensible au traitement de la question du regard porté sur l’œuvre,sur laquelle repose l’art contemporain.
C’est le regard porté à une création qui en fait une oeuvre d’art,au même titre que l’acte d’exposer dans un musée,principe qui provoque tant de malentendus et de polémiques quant à la qualité de la production artistique contemporaine. Une telle liberté a ouvert une infinité de champs d’exploration,bien loin des références originelles. Une fois ces repères perdus,tout est permis,et cela semble être trop,puisqu’il nous faut proposer et découvrir de nouveaux critères,tellement plus nombreux et complexes,qui sans cesse se dérobent au gré de nouvelles propositions.
Là encore je vous laisse découvrir la réponse faite sur une piazza de Toscane un soir d’été,au bord d’une margelle,et peut-être reviendrons-nous une autre fois sur le sujet…
J’espère que cette analyse de Copie conforme vous aura donné envie d’aller plus loin,car tout est loin d’être dit au sujet de ce film,à vous de vous en faire votre propre idée !
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ce sera avec plaisir Laure !
et bien vous me donnez envie de découvrir ce film !
Quant à l’analyse filmique,j’apprécie la pertinence et j’imagine bien que le film se pose en abîme du propos qu’il illustre…,peut être,je vous dirais ça,si je le vois.