Une question de perspective:l’épanadiplose narrative comme métaphore
Cette série vous l’aurez remarqué s’intéresse au traitement de nos restes mortels,et donc à la question de la mort et de l’au-delà. Je me suis autorisé une approche quelque peu facétieuse afin de rendre le sujet plus facile:je rebondis sur l’idée de jeu narratif développé précédemment avec l’analyse du film Copie conforme ,et je vous propose,une fois n’est pas coutume,une série photographique qui possède une trame narrative. La dernière photographie repond à la première dans un jeu de reflets et d‘images en trompe-l’œil plutôt que de symétrie,ce qui n’est pas sans rappeler une certaine construction en miroir… Toujours avide de mots,j’apprends avec un certain plaisir que cette figure de style se nomme l’épanadiplose (rien que ça !). Les écrivains,poètes et cinéastes ne l’ont pas boudée,ainsi vous la retrouvez dans le film le Locataire de Roman Polanski (à vous glacer les sangs,je le recommande chaudement !),ou dans Paul et Virginie (rien à faire,malgré l’avoir sérieusement étudié pour le bac,ça ne me revient pas,mais passons voulez-vous).
Enfermement,répétition,…je n’irai pas plus loin dans l’exploration des sous-entendus possibles de ce procédé stylistique, à vous de vous y frotter !
Une zone d’ombre en plein cœur de la ville
Voici un nouveau volet des Légendes urbaines. Cette boutique de pompes funèbres est située à un carrefour très passant,juste derrière le cinéma. Et pourtant qui désire prêter attention à cette boutique,ou qui même simplement la voit ? Il faut dire que sa discrétion est grande,malgré la lumière des néons qui tentent de tenir le néant à distance,et d‘attirer ainsi le regard des vivants.
Je passe souvent devant sa devanture,et jamais je n’y ai vu le moindre « client »,ou même l’ombre d’un vendeur. C’est toujours la même vitrine,immuable,si ce n’était le passage du jour qui déplace silencieusement les ténèbres.
« S‘il vous plaît,encore un peu plus à gauche. Oui comme ça,ça ira pour l‘instant,merci… »
Depuis combien de temps cette officine est-elle là ? Combien de générations de la cité ont bénéficié des soins experts des petites-mains de Thanatos ? Il a ouvert des franchises partout,celui-là,il n’a pas attendu McDonald pour comprendre les principes du marketing…
Perspective floue et concept à géométrie variable de la fin
Reconnaissons que lorsque l’on s’y penche,cette question est prodigieuse,puisque la réponse se refuse à nous. Enfin,c’est une question de point de vue.
Certains pensent que le Grand Passage n’est rien de plus que l’esprit qui s’éteint,et donc il nous sera impossible d’appréhender la fin. Aussi le repos éternel serait néant. Donc la mort n’existe pas,il n’y a que le vivant qui possède une réalité,une manifestation. Exit la question.
D’autres prétendent posséder une juste vision de l’au-delà,la clef,et savent ce qu’ils feront une fois passés de l’autre côté,et avec qui. Prière de marcher dans les clous ! Car sans ça,votre sort pour l’éternité sera corsé,il ne fera pas bon être à votre place !
Pour ma part,la confusion des images juxtaposées reflète parfaitement mon trouble. Quel regard porter sur ces représentations divergentes ? Vision éclairée ou illusion ?
L’Oncle Archibald de Brassens
Autant finir sur une note de poésie,et presque d’optimisme (mais si !) je vous propose le poème Oncle Archibald de Brassens,texte et video (quel luxe !). J’ai pas mal hésité:la mort a inspiré au sètois de nombreuses chansons,dont l’insurpassable « Supplique pour être enterré sur la plage de Sète » (malheureusement trop en décalage avec l’univers visuel de cette série).
Les savoureuses Funérailles d’antan pourraient trouver leur place ici ( « (…) O,que renaisse le temps des morts bouffis d’orgueil,L’époque des m’as-tu-vu-dans-mon-joli-cercueil,Où,quitte à tout dépenser jusqu’au dernier écu,Les gens avaient à cœur d’mourir plus haut qu’leur cul » )
mais je leur ai préféré l’Oncle Archibald:la gaité et l’humour dont il fait preuve me plaisent particulièrement,et cette rime « notre hymen était prévu depuis le jour de ton baptême » me permet de retomber sur mes pattes pleines d’épanadiplose:la fin,une simple question de perspective:point de fuite possible ?
« O vous,les arracheurs de dents
Tous les cafards,les charlatans
Les prophètes
Comptez plus sur oncle Archibald
Pour payer les violons du bal
A vos fêtes
En courant sus à un voleur
Qui venait de lui chiper l’heure
A sa montre
Oncle Archibald,coquin de sort !
Fit,de Sa Majesté la Mort
La rencontre
Telle une femm’de petit’vertu
Elle arpentait le trottoir du
Cimetière
Aguichant les hommes en troussant
Un peu plus haut qu’il n’est décent
Son suaire
Oncle Archibald,d’un ton gouailleur
Lui dit:”Va-t’en fair’pendre ailleurs
Ton squelette
Fi ! des femelles décharnées !
Vive les belles un tantinet
Rondelettes ! ”
Lors,montant sur ses grands chevaux
La Mort brandit la longue faux
D’agronome
Qu’elle serrait dans son linceul
Et faucha d’un seul coup,d’un seul
Le bonhomme
Comme il n’avait pas l’air content
Elle lui dit:ӂa fait longtemps
Que je t’aime
Et notre hymen à tous les deux
Etait prévu depuis le jour de
Ton baptême
”Si tu te couches dans mes bras
Alors la vie te semblera
Plus facile
Tu y seras hors de portée
Des chiens,des loups,des homm’et des
Imbéciles
”Nul n’y contestera tes droits
Tu pourras crier “Vive le roi!”
Sans intrigue
Si l’envi’te prend de changer
Tu pourras crier sans danger
“Vive la Ligue!”
”Ton temps de dupe est révolu
Personne ne se paiera plus
Sur ta bête
Les “Plaît-il,maître?”auront plus cours
Plus jamais tu n’auras à cour-
ber la tête”
Et mon oncle emboîta le pas
De la belle,qui ne semblait pas
Si féroce
Et les voilà,bras d’ssus,bras d’ssous,
Les voilà partis je n’sais où
Fair’leurs noces
O vous,les arracheurs de dents
Tous les cafards,les charlatans
Les prophètes
Comptez plus sur oncle Archibald
Pour payer les violons du bal
A vos fêtes »








Petits danseurs balinais en costume traditionnel de guerrier divin
Poussière d’étoiles…que j’aime cette expression,et le regard que pose ledit petit barbu ^^ sur la vie !
Jolie série! Comme le dis le petit barbu astro-physicien,Hubert Reeves,nous ne sommes que de la poussière d’étoiles. Le reste n’appartient qu’à notre imagination,face à la peur de la mort.